Niels Ackermann – Blog

Lumix GF1, y a que les cons qui changent pas d’avis

3200 iso et contraste un peu boosté ensuite sur lightroom.

Dans mon évaluation des différentes options photographiques, j’ai longtemps raisonné de manière binaire: compact ou reflex. Les reflex étant associés pour moi à la partie travail, avec une qualité d’image adéquate obtenue au prix d’un encombrement certain. Les compacts de leur côté sacrifient la qualité d’image au profit de la taille (et éventuellement de la discrétion). Entre ces deux mondes diamétralement opposés, le néant.

 

Quand sont arrivés les appareils format micro quatre tiers, un format initié par Olympus et Panasonic, je n’ai même pas cherché à voir ce qu’ils pouvaient produire. Le format 4/3 choisi par Olympus me semblait un absurde ni-ni (ni les beaux flous et la taille des pixels des reflex traditionnels full frame ou aps-c, ni la compacité d’un compact), j’avais catalogué tout ce qui gravitait autour de manière très négative. Cet été, Olympus a présenté son très joli Pen, puis Panasonic a remis une couche avec le lumix GF1 (après des G1 et GH1 moins intéressants à mes yeux). Sur le moment, à part reconnaitre leurs évidentes qualités esthétiques, mon attention s’est contentée de les effleurer. Il était évident pour moi que c’était la continuité du ni-ni: ni la qualité d’image d’un reflex, ni la compacité d’un compact, et le tout pour le prix d’un reflex moyen de gamme. Pour faire court: on aurait la poche allourdie d’un gros appareil produisant de médiocres images.

C’est assez tard que j’ai réalisé mon erreur. Quand Antoine m’a fait découvrir ce splendide test du GF1, j’ai fini par ouvrir les yeux. Il y a quelque chose de grand qui est en train de se passer. De nouveaux produits apparaissent sur le marché, entièrement conçus autour de ce que permet le numérique. Ce ne sont plus de simples transpositions en numérique de ce qu’on faisait en argentique. En plus cette nouvelle catégorie porte un nom rigolo: EVIL pour Electronic Viewfinder Interchangeable Lense. D’un ni-ni, ces appareils sont passés à mes yeux à un win-win: à peine plus massif qu’un Canon G11, pour une qualité d’image quasiment aussi bonne qu’avec un reflex. Avoir en permanence dans son sac ou sa poche un appareil qui permette de produire de bonnes images, c’est le fantasme de tout photographe. C’est pourquoi j’ai décidé de franchir le pas et de me commander la bête. Et vu que ces appareils ont des objectifs interchangeables, j’ai pris avec le 20mm f/1.7, qui donne un équivalent sur un capteur 35mm de 40mm. Une focale tout à fait dans la plage que j’affectionne.

Pour pousser le confort un peu plus loin, j’ai aussi déniché sur eBay un viseur optique à fixer dans sa griffe flash. Cadrer au viseur permet de gagner en stabilité et en temps au moment de composer l’image. Et en même temps de garder le contact avec le sujet, voir tout ce qui se passe.

Ce post est l’occasion de faire une petite review de l’engin à ma sauce. Un peu de technique et beaucoup de ressenti. L’approche n’est pas très protocolaire. Les images sont toutes (sauf celles de mon test sur la fiabilité des iso) passées par ma moulinette lightroom. Ca fait partie de mon test que de voir ce que je peux tirer des fichiers produits par l’appareil.

L’article va être long. Donc pour voir la suite, c’est par ici.

Pourquoi acheter encore un appareil de plus?

J’ai, un temps, été tenté par un leica M8, mais le prix et la lenteur du service après vente se sont montrés dissuasifs. Avec le GF1 je pense qu’on atteint pour une fraction du prix une partie des avantages de ces appareils: un encombrement réduit, la possibilité de travailler discrètement, un appareil peu intrusif qui dérange moins les personnes prises en photo. Certes on n’aura jamais le piqué, le rendu des couleurs ou la dynamique que procure un M8, mais au niveau du confort de travail, je pense qu’on s’en approche pas mal.

Même le tout neuf Leica X1 peine à justifier son prix diabolique face au GF1: son objectif (non interchangeable) équivalent 35mm n’ouvre qu’à f/2.8. Le 40mm du lumix, ouvrant à f/1.7 offre environ 1.5 diaph de plus. Ce qui veut dire que quand on travaille à 800 iso sur le GF1, il faut être à env 2000 iso sur le X1 pour avoir la même exposition. Et c’est sans parler de l’autofocus du X1 qui semble souffrir d’une certaine lenteur.

Assez cassé du sucre sur le dos des concurrents, passons à une analyse point par point de l’objet.

Construction

Le premier choc, c’est la taille. L’appareil est effectivement très compact. J’avais peur que son épaisseur soit plus gênante. J’ai dans ma veste des poches assez amples, mais il se glissera sans aucun problème. Couplé au 20mm, il sait se faire vraiment petit et discret. Sous une veste, il pourra être discrètement sorti puis rangé sans que personne ne l’aperçoive.

De gauche à droite, Canon 5d mark II, Lumix GF1, Canon S90

Les matériaux employés sont très bon. Tout le tour est en je ne sais quel métal, il n’y a pas de pièce qui tremblote ou qui grince en pressant dessus. Il inspire confiance.

Bruit de l’obturateur / moteur focus

Une de mes craintes, c’était le bruit de l’obturateur. J’avais lu par-ci par-là qu’il est bruyant. C’est partiellement vrai. Le son est bref (plus bref que sur un leica m8 par exemple) mais très métallique et sec. Ce n’est pas aussi grave que ce que je craignais, mais c’est pas le summum de la discrétion non plus. Ce qui est dommage pour un appareil de cette technologie. Théoriquement on pourrait presque se passer d’obturateur il me semble. Si vous voulez voir ce que ça donne comparé au Olympus Pen et au Canon 7d, je vous conseille cette vidéo réalisée par un type ayant un charmant accent allemand. Comme le fait remarquer ce cher germanophone, une possibilité de garder l’obturateur non réarmé tant qu’on ne relâche pas le déclencheur aurait été une solution facile à implémenter.

Le moteur du 20mm f/1.7 est par contre très silencieux. On entends un léger souffle qui m’a l’air d’être surtout dû au joint d’étanchéité ou éventuellement à la friction des matériaux.

Mise au point, vraiment si rapide?

Oui, elle est pas mal rapide. Mieux que tout ce que j’ai vu jusqu’à maintenant sur un compact. Pas au niveau d’un reflex haut de gamme avec un objectif a motorisation ultrasonique, mais la comparaison qu’on peut lire sur certains sites qui disent que c’est du niveau de ce qu’on a sur un reflex d’entrée de gamme est assez juste. Donc une bonne vitesse qui permet de ne pas louper trop d’actions. Surtout conjugué avec le point suivant.

Et non contente d’être rapide, la netteté est excellente. En tout cas avec le 20mm f/1.7, même  à pleine ouverture, je suis impressionné par le piqué. Et même dans un environnement sombre, elle s’en tire avec les honneurs.

Vitesse du déclenchement

Là, c’est la grosse bonne surprise. Avec tous les compacts que j’ai utilisé jusque là c’était systématiquement le maillon faible: un délai entre la pression sur le bouton et la prise de vue qui me fait rater le bon moment. Ici, ce délai il est extrèmement bas. Je ne vois pas de différence significative par rapport à mon 5d mark II ou mon 30d (lequel je trouve légèrement plus réactif que le 5d mark II, mais c’est des différences infimes à ce niveau là).

C’est un très bon point pour cet appareil: un focus relativement rapide et un déclenchement instantané, on n’a plus trop d’excuses pour rater une image.

Confort de visée

Je n’aime pas viser sur un écran. J’apprécie les compositions très frontales, avec des verticales bien droites, des symétries etc. Et pour ça, il faut que l’oeil soit bien dans l’axe, sinon il y a toujours un côté qui penche. En visant à l’écran, je me retrouve souvent à viser de côté, et je perds la perception des horizons bien droits.

Du coup, j’ai commandé, en même temps que l’appareil, un viseur optique. Pour l’objectif 20mm, il me faut quelque chose entre le 35 et le 40mm. Les viseurs 40mm étant un peu chers, j’ai opté pour le Helios dont il est dit beaucoup de bien. Il se trouve facilement neuf sur ebay. Ces viseurs étant faits pour un 35mm format 2:3, je ne sais pas trop à quoi m’attendre en visant pour une photo format 4:3. Hélas, la très zélée administration fédérale des douanes n’a pas réussi à terminer son harassante besogne. Il me faudra donc quelques jours de plus pour vous dire ce qu’il en est de l’usage de ce viseur.

Pour revenir à l’écran, il est très bon. Il a une excellente définition (la même sur sur le 5d mark II, le S90, le G11 etc), on peut ajuster tant la luminosité et le contraste que les couleurs. Un bon point parce que je le trouve un peu pâlot. De plus, il a une fréquence de rafraichissement très élevée. 60 images secondes il me semble. C’est une bonne chose, pour bien voir ce qui se passe.

Je n’ai pas encore trouvé comment activer la simulation de rendu. J’espère qu’elle existe sur cet appareil, et je ne peux pas envisager que ça ne soit pas le cas. C’est une fonction bien utile pour vérifier avant la prise de vue si on est trop sombre ou trop clair.

Sensibilité par rapport au 5d mark II

Une chose qui m’a intéressé à propos de la sensibilité de l’appareil, c’est le résultat en fonction d’une luminosité donnée. En discutant l’autre jour avec un confrère des progrès en termes de sensibilité, il m’a mis la puce à l’oreille. Pour lui, les gains en sensibilités ne seraient que partiellement imputables aux capteurs. Le gros serait en fait le résultat d’une tendance à sous-exposer. Son hypothèse est même que les temps de pose soient faussés. Mais là, ça me semble un peu gros quand même.

DxO Mark, parmis ses outils de benchmark, indique la sensibilité annoncée et la sensibilité effective. En comparant ces données pour le Lumix G1 (il n’y a pas encore les données pour le GF1, mais vu qu’il a quasiment le même capteur et les mêmes composants, j’estime que la différence de résultats doit être marginale) et le 5d Mark II (ça sert à rien de commencer à troller, la tendance est la même avec le Nikon D3 ou le D700), on obtient ça:

À en croire cette source, le Lumix aurait tendance à avoir une sensibilité effective plus élevée que celle annoncée par le fabricant et à l’inverse le 5dII plus faible que ce qu’il annonce. La différence entre les deux correspond assez exactement à un diaphragme. Ce qui voudrait dire concrètement, à en croire ces données, que pour un temps de pose et diaph identique, si je prends une photo sur le lumix à 3200 iso, j’aurai la même exposition qu’avec le « 6400 iso » théoriques du 5d mark II (même très légèrement sur-ex sur le Lumix).

J’ai donc décidé de tester ça en prenant une image similaire sur les deux appareils. Les deux réglés à 640iso, à f/2.2 et à 1/40 sec. Pour éviter tout biais, la balance des blancs a été ajustée à 5600 kelvin sur les deux appareils. Je dois dire, en voyant les images produites sur l’ordinateur, que j’aimerais bien savoir sur quelle base DxO arrive à ses résultats.

A gauche: le 5d mark II et à droite le GF1. Les deux en raw (sRAW1 pour le 5d) et ouverts tels quels dans Lightroom 2.6 sans aucun traitement. L’image produite par le GF1 semble légèrement plus sombre que celle du Canon. Hypothèse: peut-être que Panasonic a aussi décidé de sous-exposer les images du GF1 (le graphique du dessus est fait avec le G1) pour avoir de meilleurs résultats en terme de bruit en haute sensibilité.

Ca me casse un peu dans mon élan, moi qui espérait lancer une bombe et remettre en question tout ce qui se fait dans les tests classiques grâce à cette histoire de sous-ex, en fait c’est plus un pet dans l’eau. Mais comme ça on est fixés.

Autrement, aux sensibilités de 100 à 800 iso, les résultats sont excellents (je ne parle qu’en raw, le jpg ne m’intéresse pas). On peut même sur-exposer ensuite passablement les fichiers en post-production sans trop de perte de qualité. Le bruit est plutôt joli, il ne dessine pas de motif disgracieux comme on pouvait en voir sur certains anciens appareils.

640 iso, f/1.7 1/40s

800 iso, f/1.7 1/50s format 16:9

Après un rapide essai dans mon garage souterrain, je dois dire que le résultat à 3200 iso est à peu près similaire à ce que j’obtenais sur mon 30d, avec moins de banding, mais plus de gros artéfacts. Mais je travaille en raw dans Lightroom 2.6. Il se pourrait que la version 3 et son nouveau moteur améliore un peu le résultat, ce qui rendrait cet appareil utilisable à cette sensibilité pour des images prises dans des conditions extrêmes. Là, on est déjà limite limite. Avec un peu de travail fin, on peut en tirer quelque chose de « livrable ».

La première image de ce billet est faite dans des conditions vraiment très difficiles. Il y a très peu de lumière qui venait de la gauche. Je trouve que l’appareil s’en est franchement bien tiré. Surtout quand on pense que c’est un engin qui tient dans la poche.

Une autre image faite à 3200 iso

3200 iso f/1.7 1/80s

Intérêt du format 4:3

Depuis que je fais de la photo « sérieusement », soit depuis environ 5 ans, je n’ai quasiment que travaillé en ratio 2:3, celui du 24×36. J’ai fait un peu de moyen format pour le fun, mais ça m’imposait trop de contraintes (surtout financières). Le format 4:3 m’a semblé un choix étrange au début. Il n’est pas idéal sur les nouveaux écrans d’ordinateurs, qui sont tous de types « panoramiques », il n’est pas non plus adéquat en usage presse: une double page dans un magazine ou une image en tête d’un article collent beaucoup plus aux dimensions d’une image 2:3 qu’une image 4:3. Mais ce format offre aussi des avantages. Il permet une composition plus centrée sur le sujet, en réduisant l’espace « vide » autour. Ayant l’oeil formaté au 2:3, je ne suis pas certain d’adhérer un jour à ce format plus carré. On verra.

De plus, si on désire travailler dans d’autres formats, par exemple en carré, ce format est bien plus intéressant puisque, le côté le plus petit étant plus large qu’en 2:3, on perd moins de pixels. Et c’est là que ce genre d’appareils nouveaux, dénués de visée optique, se démarque. Il est tout à fait possible de travailler dans d’autres formats et de viser dans ce format. Et Panasonic l’a bien compris en offrant 4 ratios différents: 4:3, 2:3, 19:9 et 1:1. Et là où ça devient hautement intéressant, c’est que l’appareil est même capable de faire des fichiers raw dans ces formats. Donc imaginons que le format 4:3 ne me convainque pas, je peux passer en mode 2:3 et j’aurai toujours des fichiers raw de 10mpix dans le ratio auquel je suis habitué.

500iso f/1.7 1/30s J'aime bien la possibilité de travailler en format carré

Ergonomie générale

Je trouve les menus du Lumix peu accueillants. Tout me semble à revoir dans leur conception: la couleur en rose pastel est immonde, les textes sont écrit en grand, mais ne disent rien. Tout est abrégé au point de devenir incompréhensible. Par exemple « verr. mpa/ea fixe », pour moi ça ne veut rien dire. Le fabricant aurait pu mettre à profit la très confortable résolution de l’écran, utiliser une typo plus petite et mettre des textes intelligibles. Canon y arrive très bien (et avec un fond sombre, la lisibilité est bien meilleure je trouve).

Par contre, une très bonne idée de Panasonic: il me semble avoir vu l’écran adapter sa luminosité en fonction de l’éclairage ambiant. Il utilise le capteur pour s’informer. C’est très intelligent. C’est une fonction que j’aime également beaucoup sur mon 5d mark II (un petit capteur de lumière y est consacré sur l’arrière du reflex).

Au niveau des boutons, la conception est plutôt bonne. Je n’ai pas encore eu le temps de bien tout assimiler, mais je trouve que le bouton iso tombe bien sous le pouce. La molette est par contre un peu rigide. Elle remplit deux fonctions puisqu’elle est cliquable. C’est assez bien pensé. Finalement, la possibilité de pouvoir personnaliser la fonction d’un des boutons est toujours bienvenue. J’ai réglé le mien pour qu’il ajuste le format de l’image (4:3, 2:3, 16:9, 1:1).

Lectures annexes

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