Niels Ackermann – Blog

Colorado Plus

Grâce à son cours de danse, qui se tient dans le même immeuble du quartier chic de Bonapriso, Verena (ma colocataire) m’a fait découvrir le Colorado Plus. Une improbable et surprenante piscine intérieure qui organise aussi des défilés et divers événements festifs.

Je profite de partager ces quelques photos pour essayer un nouveau système de slider. Il pourrait éventuellement remplacer mon système actuel dans le portfolio. J’aurais aimé avoir vos remarques, si l’ergonomie est bonne etc.

Légende?



Un bon conseil…

… toujours prendre les conseils des autres avec des pincettes. Je ne compte plus le nombre de fois où je fais ce constat.

Un gardien dans le quartier de Bonapriso, le quartier où vivent riches camerounais et expatriés.

Avant de partir différentes personnes m’ont décrit le Cameroun comme un mélange de splendides occasions photographiques et d’une très grande difficulté à les immortaliser. «Si tu sais photographier là bas, tu sauras photographier n’importe où après», «Evite de sortir ton appareil dans ce quartier, c’est plein de voleurs»«C’est très dur, les gens te demandent toujours de l’argent», «La photo est mal vue, beaucoup de gens craignent qu’on s’en serve ensuite pour leur jeter des sorts»… et divers autres avis agrémentés d’anecdotes plus ou moins effrayantes que, sans le vouloir, j’ai un peu trop intériorisé, au point de ne quasiment plus toucher à mes boitiers durant mes trois premiers mois ici.

Grave erreur! Mon moral me l’a fait comprendre il y a environ deux semaines sous la forme d’une très profonde humeur noire (pour rester poli), laquelle s’est heureusement achevée sur une décision: faire fi de toutes ces remarques et ne plus sortir sans un appareil. Quand bien même faire des photos ici serait aussi problématique que ce qu’on m’a décrit, autant que les hypothétiques problèmes arrivent en ayant pris des photos que de laisser avec certitude pourrir tout ce matériel dans une boite en plastique (pleine de silicagel, certes) (les mots en gras, c’est pour rendre plus évidente la réflexion mathématique sous-jascente).

Depuis deux semaines, mon moral est au beau fixe, et je ne manque plus une occasion d’immortaliser quelque chose. Un collègue, une rue, un endroit. Et bon sang ça fait du bien!

Et je peux désormais dire que, non, ce n’est pas plus difficile de faire des photos à Douala que dans les autres pays que j’ai visité. On a dû me demander à peu près aussi souvent de payer qu’en Suisse (il y a des gens qui se croient très drôle en Suisse en demandant au photographe combien on va payer pour les photographier, ici, ils y pensent juste un peu plus sérieusement), on ne m’a encore jamais accusé de sorcellerie, et mon fidèle 5d mark II essuie des regards bien moins admiratifs et envieux que n’importe quel compact à 200chf.

Le seul obstacle qui m’empêche de déclencher autant que je désirerais, c’est le temps: avec environ 40h de travail par semaine au Collège, le temps nécessaire aux achats et au nettoyage de la maison et le fait qu’à 18h le soleil soit couché, il ne reste que les week-ends pour  coller l’oeil au viseur.

Un couturier de mon quartier. Ici, faire fabriquer une chemise sur mesure est moins cher que d'en acheter une déjà cousue. Et lui, il travaille bien en plus.

Un collègue qu'on surnomme Le Milliardaire Russe. Mais il ne parle pas russe en fait.

Un élève puni en train de nettoyer les escaliers du collège où je travaille.

La rivière qui sert de poubelle à une bonne partie des habitants de mon quartier. La seule alternative, un container unique et plein à craquer dont les déchets sont certainement jetés dans une autre décharge.

New Bell le jour. Ce quartier, un des plus pauvres de la ville, est abrite une très importante communauté musulmane.

Même endroit en soirée. La fumée des mototaxis sature l'air aux heures de pointe.

Le visage de la cyber guerre civile

On y est! La réalité a rejoint la fiction. En tentant de censurer Wikileaks, les Etats occidentaux -aidés de quelques entreprises- ont ouvert la boîte de Pandore des guerres virtuelles. On les attendait du côté de virus développés par des Etats et dirigés contre d’autres, à la manière de Stuxnet qui aurait été mis au point pour déstabiliser le programme nucléaire iranien. Mais au final, c’est par une guerre civile planétaire que nous entrons dans cette nouvelle ère.

Les attaques de Denial Of Service n’ont rien de nouveau, ni même menées contre des sites importants. Les exemples historiques ne manquent pas.

Mais ce qui est nouveau ici, c’est que les attaques, qui, au cours de cette semaine ont bloqués -entre autres- les sites de Visa, Mastercard, Postfinance ou Paypal n’ont plus besoin d’être le fait d’informaticiens chevronnés. Il suffit de télécharger un simple logiciel, puis de suivre des indications enfantines (vous pouvez télécharger la version hive mind depuis ce lien), pour transformer sa machine en robot à même de contribuer à attaquer les cibles désignées (disclaimer: vous êtes assez grands pour savoir ce que vous risquez en participant… Mais vu que de nombreux virus font peut-être déjà de votre PC un botnet sans que vous ayez été inquiétés pour, on peut dire que le risque est proche de zéro).

Cette facilité permet la levée très rapide d’une armée potentiellement très nuisible de civils contre différentes cibles virtuelles publiques ou privées.

Il est difficile de chiffrer l’ampleur de cette armée de machines prêtes à neutraliser temporairement tout site qui entravera d’une manière ou d’une autre la liberté d’expression (ou tout autre droit fondamental à défendre au futur), mais on peut déjà se faire une idée de la force de frappe en observant le nombre de téléchargements de LOIC sur Sourceforge.

Le nombre de téléchargements de LOIC (sur Sourceforge) au cours du dernier mois

La hausse est massive depuis une semaine, et ce graphique ne représente qu’une partie des téléchargements. LOIC est disponible depuis de nombreux autres mirroirs, ou sur bittorrent (attention quand même, la fiabilité des sources n’est pas garantie).

Si quelques centaines de machines ont suffit à immobiliser postfinance pendant plus d’une journée, imaginez la force de frappe d’un groupe de plusieurs dizaines de milliers voire centaines de milliers de machines. Ce qui est sûr, c’est que la société civile détient désormais sur Internet la capacité d’immobiliser un site web durant quelques heures (ou plusieurs jours si les gens le souhaitent et si la mobilisation est suffisante). Nations ou multinationales se retrouvent désormais aussi vulnérables que n’importe quel individu sur la toile. Une fantastique situation d’anarchie où personne n’est placé au dessus des autres.

En tentant de censurer le web, les Etats, et les entreprises qui collaboreront, risquent désormais de subir un violent retour de balancier. Bloquer Visa.com ou Mastercard.com quelques heures est essentiellement symbolique. Mais empêcher les transactions de postfinance.ch ou de paypal.com durant quelques jours pourrait avoir des conséquences économiques bien réelles. La menace est donc désormais bien présente et elle influencera certainement les décisions politiques futures. Quelles seraient les conséquences d’une extradition d’Assange vers les USA en terme de mobilisation virtuelle? L’équilibre des forces n’a jamais été aussi favorable aux individus.

Notes:

Le blog de pandalabs présente un très instructif et détaillé log des différentes attaques menées par Anonymous (et les différents participants) dans le cadre de son opération payback contre les anti-wikileaks. On y apprend notamment que le site postfinance.ch a été inaccessible pendant 33 heures, que les attaques ont poussé l’hébergeur du bureau d’avocats des deux filles prétendant avoir été violées par Assange à supprimer leur site de ses serveurs, et qu’il existe désormais une version Javascript de LOIC, permettant de lancer des attaques depuis n’importe quel navigateur web (smartphones compris) et sans rien installer.

EDIT:

L’organe en charge de la sécurité informatique pour la Confédération fait à peu près la même lecture que moi des événements récents, à la différence qu’il s’inquiète du fait que les Citoyens puissent, pour une fois, avoir une capacité de nuisance égale à la leur.