Niels Ackermann – Blog

Ma review du Fujifilm X100

Quel photographe n’a jamais rêvé d’avoir un appareil photo greffé dans l’oeil pour pouvoir discrètement immortaliser tout et n’importe quoi? A défaut de pouvoir le faire (simplement), on doit se contenter de chercher un appareil photo qui soit le plus compact possible pour toujours être avec nous, mais qui soit assez bon pour produire des images qu’on ait envie d’utiliser ensuite.

Ca fait quelques années que j’essaie de trouver cet objet idéal. J’ai d’abord cru que ce serait le Canon S90, mais le capteur de compact impose une qualité d’image qui ne me satisfait pas et sa cadence très lente le rendait difficilement utilisable. Plus tard, j’ai trouvé dans le Lumix GF1 un grand nombre des qualités que je cherchais, mais la visée restait handicapante: soit un viseur optique inutilisable dès que l’écran était éteint (impossible de changer les réglages) soit un viseur électronique étroit et très mal défini. À vrai dire, c’est toujours mon principal grief contre le lumix à l’heure actuelle. C’est d’ailleurs pour ça que ce test sera aussi une comparaison par rapport au GF1.

En septembre 2010, Fujifilm a lancé une bombe à plus d’un titre en présentant le x100. Non seulement cet appareil est très bien doté, mais sa conception est aux antipodes des stratégies commerciales dominantes chez les concurrents: pas de milliards de pixels, un mode vidéo à peine vanté, une focale fixe et non interchangeable (contre des zoom totalement improbables sur de nombreux compacts), pas de ces stupides modes « orientés débutants » du style « photo d’aquarium de nuit » ou « anniversaire d’enfant roux et habillé en fuchsia ». Cet appareil est un ovni, au point que je me demande si on aura la chance d’en voir d’autres tant ils me semblent commercialement limités. Même si il va très bien se vendre, il n’empêche qu’il s’adresse à un marché certainement trop limité pour intéresser de grandes marques. Quoiqu’il en soit, sa fiche technique m’a donné très envie de l’essayer, ce que j’ai la chance de pouvoir faire depuis une dizaine de jours grâce à l’aide de Donald qui m’en a rapporté un de New York (à l’heure actuelle il doit être aussi disponible en Suisse).

Pour la petite histoire, j’ai reçu l’appareil le jour où est sorti le nouveau firmware corrigeant une grande partie des nombreux bugs décriés par les premiers à tester l’appareil. Par curiosité, j’ai quand même passé une journée avec l’ancien firmware. Il m’a donné un sentiment tellement désagréable que j’ai passé une grande partie de la journée à savoir comment j’allais revendre cet appareil qui n’était qu’un (assez cher) empilement de frustrations. Franchement. Je ne comprenais même pas comment les tests de cet appareil avaient pu être aussi bons alors que tout me semblait inutilisable.

Mais en installant le nouveau programme interne, c’est comme si j’avais un autre appareil photo entre les mains. Les 23 correctifs annoncés sur le site ne rendent pas justice à l’ampleur du changement. Les modifications les plus sensibles que j’ai perçu sont au niveau de l’autofocus qui gagne beaucoup en rapidité et en précision dans l’obscurité. Mon test ne concernera donc que le X100 doté du firmware 1.10 (le nouveau). Note en passant, les images présentes dans cet article ont toutes été prises en raw et post-traitées dans lightroom 3.4. Elles n’ont pas subi de grosses transformations, mais quelques ajustements classiques que je fais systématiquement.

L’ergonomie et la construction

La première chose qui frappe, c’est le design si particulier de cet appareil. On dirait vraiment un vieux leica. Surtout quand on lui ajoute un pare-soleil. Le pare soleil Fujifilm étant en rupture de stock lui aussi, j’ai astucé en suivant les conseils d’un autre utilisateur. Un pare-soleil, je ne le dirai jamais assez, c’est pratique: si il pleut ça évite de mouiller la lentille frontale, à l’usage ça évite de mettre les doigts sur l’objectif, et ça protège un peu des chocs. Ah, et accessoirement ça bloque les rayons latéraux du soleil!

Pour en revenir au x100, non content d’avoir un joli look, il donne une agréable impression de robustesse, sans pour autant être gros et lourd. J’avais peur qu’il soit beaucoup plus encombrant que mon GF1, mais ce n’est pas  le cas. Il est un peu plus haut et large, mais légèrement moins épais. Et surtout, si j’ajoute un viseur (optique ou électronique) au GF1, ce dernier est plus encombrant que le x100.

Le Lumix GF1 avec le viseur électronique à côté du Fujifilm X100

Le Lumix GF1 avec le viseur électronique à côté du Fujifilm X100. On constate que le X100 est légèrement plus large, mais que son viseur intégré permet à l'ensemble d'être un peu plus compact (d'autant plus que le 20mm du lumix est plus épais que l'objectif fixe du x100)

Les boutons sont agréables à utiliser, je regrette juste qu’ils ne soient pas un peu mieux différenciés, par exemple avec un petit picot qui permette de savoir sans regarder si on touche bien celui dédié au choix de la zone auto-focus. Mais avec un peu d’habitude, on s’y fait.

L’objectif est compact. Le diaphragme s’y change à la main, c’est très agréable. Je ne comprends juste pas pourquoi l’avant n’est pas doté d’un filetage pour filtres et d’un support pour pare-soleil. On est obligé de dévisser une bague (et on en fait quoi après?) pour glisser un adaptateur dessus ensuite. Encore plus discutable, le capuchon de l’objectif ne peut plus tenir une fois ce changement opéré (et avec un pare-soleil on peut oublier). Ce capuchon est très joli, mais je le trouve un peu idiot: il est épais, donc je ne peux pas le glisser dans ma poche arrière sous peine de me faire une biopsie de la peau des fesses à chaque fois que je m’assied. J’aurais franchement préféré un capuchon classique et plat, fut-il moins joli.

L'ingénieux système de visée hybride du fuji X100 permet non seulement de voir les informations de prise de vue tout en ayant une visée optique, mais aussi d'alterner facilement entre visée optique et visée électronique.

Mais La pièce maîtresse de cet appareil, c’est bien sur son viseur hybride: un viseur optique doublé d’un écran. On peut utiliser uniquement la visée électronique (qui est bien mieux définie que dans le viseur électronique du GF1) ou la combinaison de la visée optique et des informations électroniques. Dans cette situation, l’écran sert à incruster dans la vue optique le cadre de l’image (on n’est pas avec un reflex alors il y a une parallaxe à compenser), les informations de sensibilité, ouverture, temps etc. Cette visée très ingénieuse réunit les avantages du télémétrique (visée lumineuse, jamais bloquée par le miroir) avec ceux des reflex: on voit où la netteté est faite, possibilité d’incruster des informations comme le temps de pose, la sensibilité ou encore le niveau électronique pour cadrer droit.

Avoir les deux options est un réel avantage. Pour des vues plutôt distantes, en pleine journée, je préfère utiliser le viseur optique. Mais dès qu’il fait sombre, la visée électronique est plus efficace. Et vu que l’afficheur est beaucoup mieux défini que celui du gf1 (qui est optionnel), il reste possible de composer une image assez complexe. Pour les plans serrés, le viseur électronique permet d’éviter les problèmes de parallaxe qui peuvent devenir très embêtants.

Un petit bémol néanmoins concernant la visée: en pleine journée très ensoleillée (comme ces jours à Genève), les indications digitales incrustées dans la visée optique sont très difficiles à lire. Tout particulièrement la jauge de sur-sous exposition située dans le bord gauche et qui me sert en général beaucoup. Par contre, par temps nuageux ou à l’intérieur, cette visée fonctionne impeccablement.

Une autre très bonne idée des ingénieurs de Fujifilm, c’est l’adjonction d’un filtre ND directement dans l’objectif. Il permet de perdre trois diaphragmes, rendant possible des grandes ouvertures même en pleine journée, ou des temps de pose longs sans avoir à fermer trop son diaphragme. L’idée est géniale. Je trouve juste triste qu’elle soit quasi inutilisable. Il faut en effet aller chercher dans la 2e page du menu de réglages l’option pour l’activer. Un bouton sur l’appareil permettant de le faire aurait été bien plus pratique. Espérons que la prochaine version du firmware permettra par exemple d’associer cette fonction au bouton « raw » totalement inutile pour quelqu’un qui travaille toujours en raw (ce qui sera certainement le cas de 70-80% des acheteurs de cet appareil).

Par rapport au Lumix GF1, je dirais donc que sur le plan de la visée, le X100 fait mieux: non seulement parce qu’il est plus polyvalent (électronique ou optique au choix), mieux défini, mais aussi parce que cet ingénieux viseur étant intégré au boitier, il n’occupe pas inutilement la griffe flash, et c’est tant mieux puisque l’obturateur du x100 permet des synchro flash de fou (jusqu’à 1/4000 s en théorie contre 1/250 s pour la plupart des reflex).

Niveau construction, je dirais égalité entre le X100 et le GF1. Les deux inspirent confiance. Peut-être un léger avantage au X100 grâce aux molettes de réglages et à la profusion de boutons qui permettent d’accéder rapidement à un bon nombre de fonctions.

La qualité d’image

Le capteur, identique à celui du Nikon D90, mais avec certaines modifications maison faites par Fuji, annonce une sensibilité de 200 à 6400 iso « pouvant être poussée » à 100 et 12800 iso. C’est hélas partiellement vrai puis que ces réglages poussés ne sont pas valables en raw. Dommage pour le 100 iso. Dans l’obscurité, 6400 iso sont amplement suffisants.

La profondeur des couleurs et la dynamique du capteurs sont bonnes, très bonnes même pour un appareil de cette taille. Je ne vois pas de différence trop significative par rapport au 5d, ce qui permet de facilement mélanger des images produites avec les deux appareils. C’est quelque chose que je pouvais difficilement faire avec le GF1 qui était un peu moins généreux au niveau des couleurs. À cela s’ajoute un gain en sensibilité très agréable. A 6400 iso, les images du X100 sont aussi bonnes que celles du GF1 à 1600.

Les images sont utilisables sur toute la plage de sensibilité, mais à partir de 3200 iso, on peut identifier un léger effet de banding dans les zones sombres. C’est dommage, mais à moins de regarder l’image à 100%, ce n’est pas trop handicapant.

Avec le 5d mark II, j'aurais obtenu un résultat très similaire.

6400 iso, 1/60s, f/4.0, le bruit est assez similaire (peut-être un poil plus présent) qu'avec le 5d mark II. Le léger problème de banding n'est pas marqué à cette taille mais peut se deviner au niveau du menton.

Réactivité

Après le rendu des images, la réactivité de l’appareil est un des aspects qui compte le plus à mes yeux. Il n’y a rien de pire que de rater une photo parce que l’appareil déclenche une demi-seconde trop tard.  Dans ce domaine, le x100 nous sert un étrange mélange aigre-doux.

Pour le côté agréable: le shutterlag (le moment entre la pression du déclencheur depuis la demi-pression et le déclenchement) est quasiment imperceptible. Il me semble inférieur à celui du 5d mark II, que je trouve parfois un peu long à la détente (par rapport à mon ancien 30d ou par rapport aux 1D et 1Ds). Mais à ce niveau là, on est de toute façon dans quelque chose de très subjectif.

Donc en théorie, quand on a le focus, les réglages etc, la photo part dès qu’on presse le doigt? Oui et non. Oui pour la première, mais ensuite ça se corse à cause de deux problèmes que j’espère voir corrigés dans la prochaine mise à jour du firmware. Ca me semble techniquement faisable.

Premier problème: une fois le déclencheur pressé à mi course, on ne peut plus modifier aucun réglage (genre diaphragme ou temps de pose). C’est très embêtant parce que ce n’est qu’à ce moment là que la mesure de lumière est prise. En mode manuel, ça veut dire qu’on va donc devoir presser le bouton pour faire la mesure, savoir si on est sur ou sous-ex, lâcher le bouton, éventuellement corriger le réglage, re-presser le bouton pour vérifier, puis déclencher. Sur mes autres appareils, la mesure se fait plus durablement: soit en permanence, soit au moins une vingtaine de secondes après avoir pressé une fois sur le déclencheur. Et les réglages peuvent être modifiés à tout moment. À cause de ça, j’ai tendance à travailler beaucoup plus souvent que je ne le voudrais en mode priorité ouverture, parce que je ne peux pas accéder assez rapidement aux informations nécessaires pour un bon boulot en mode manuel dans les situations très changeantes.

EDIT: Je viens de réaliser que ce problème n’apparaît que dans la visée optique. Si je vise en électronique sur l’écran (ou dans le viseur), j’ai l’information de sur ou sous-exposition en permanence. Ca me conforte dans l’idée que quelques lignes de code dans le firmware suffiront à régler ce problème.

Le deuxième problème, c’est que le diaphragme n’est pas lié mécaniquement à la bague de réglage et que l’appareil n’en fait qu’à sa tête avant la prise de vue. Si je règle mon diaph sur, disons, f/2.8 et qu’il fait très lumineux en face de moi, l’appareil va fermer le diaph durant la visée. Au moment de prendre la photo il va bien sur le réouvrir à l’ouverture désirée, mais cet aller-retour inutile induit un très léger retard sensible par temps très lumineux.

Ces deux points pénalisent un peu la réactivité de l’engin, mais heureusement pas de manière dramatique. Je n’ai pas à me plaindre de ne pas avoir pu déclencher au moment où je le voulais. Même le temps de démarrage passablement long (plus d’une seconde, même avec le mode « démarrage rapide » activé) n’est pas trop handicapant. Si les ingénieurs de fuji parvenaient à le réduire un peu, on pourrait activer le mode d’économie d’énergie le plus drastique, ce qui, vu l’autonomie maigrichonne de l’appareil (voir plus bas), ne serait pas inutile.

Un dernier détail: l’autofocus. Il est bon! Avant la mise à jour du firmware, il était décrit comme « un peu plus lent que le GF1 de jour et assez lent dans l’obscurité ». J’aurais carrément dit lamentable dans l’obscurité. Mais depuis la mise à jour, je le considère comme aussi rapide que celui du GF1 dans les deux situations. Mon mode favoris, c’est le manuel. En mise au point manuelle à l’aide de la bague, il est totalement inutilisable, mais il permet de figer la mise au point tout en activant l’autofocus à la demande à l’aide du bouton « AEL/AFL » très accessible. Encore mieux, une petite pression sur le contrôleur qui tombe juste sous le pouce active la loupe sur la zone de mise au point: la visée optique passe en mode électronique pour qu’on puisse vérifier très finement que le point soit fait correctement. Une pression sur le même contrôleur ou sur le déclencheur et on est de retour en visée optique.

f/2.8, le capteur de format APS-C permet de jolis flous de profondeur de champ sans être aussi présents que sur un boitier plein format, ce qui peut s'avérer utile quand il fait très sombre et qu'on veut conserver un peu de profondeur.

Autonomie

La batterie ne délivre clairement pas une autonomie comparable à celle d’un reflex classique (celle de mon 5d II tient bien pour 1000-1200 photos), mais elle permet tout de même de tenir une journée pas trop intensive de photo (300-400 photos). Ca reste assez semblable à l’autonomie du GF1. Par contre, ce qui est fâcheux, c’est que l’indicateur de batterie est totalement inutile: il comporte trois niveaux, comme chez Canon depuis quelques années, mais il ne les utilise pas vraiment. On passe de trois crans à deux puis rapidement on nous annonce que la batterie est morte.

Par précaution, j’ai donc investi dans une deuxième batterie. Heureusement, elles ne sont pas trop onéreuses (une cinquantaine de francs).

Mieux que le GF1?

Dans l’ensemble je dirais oui: il est plus compact si on considère le volume du viseur optique, il offre une meilleure qualité d’image, une visée bien meilleure, une meilleure ergonomie. La seule perte, c’est l’absence d’objectifs interchangeables. Mais n’ayant jamais mis autre chose que l’excellent 20mm f/1.7 sur le lumix, ce n’est pas vraiment quelque chose qui entre dans mes critères.

Et par rapport au 5d mark II?

Du point de vue de la qualité d’image (dynamique, profondeur des couleurs, bruit), les deux appareils sont assez peu éloignés.

Je continuerai à préférer le 5d pour le portrait (pour l’autofocus un peu plus rapide et surtout pour les objectifs de focales un peu plus longues que 35mm) et pour toutes les situations nécessitant une réactivité maximale.

Pour le reste, le X100 a de sérieux atouts: un obturateur quasi inaudible et un encombrement réduit qui en font un petit outil très discret qu’on peut prendre partout. L’idée de réaliser une commande avec me semble totalement réaliste. Plus encore qu’avec le GF1, puisque l’écart dans la palette de couleurs est beaucoup moins sensible.

Conclusion: l’appareil ultime?

Je suis assez amusé de voir comment mes sentiments ont évolués au fil des jours concernant cet appareil. Durant les premiers jours je songeais à le revendre tant je trouvais ses capacités bridées par une ergonomie parfois farfelue. Au fil des jours, j’ai trouvé comment l’adapter à mes besoins (par exemple en utilisant la mise au point manuelle rendue très pratique par le bouton activant l’auto-focus temporairement). J’arrive désormais à en tirer des images qui me plaisent sans difficultés. J’ai donc en main un appareil qui est devenu agréable à utiliser après environ une semaine d’apprentissage.

Pour atteindre la perfection, il faudrait encore améliorer les quelques points qui entravent l’incroyable réactivité de cet appareil: un temps à l’allumage agaçant, le problème de la mesure de lumière qui ne se fait qu’en pressant le déclencheur et finalement le problème de l’ouverture qui change en permanence.

L’été passé, j’étais parti trois semaines visiter les Balkans avec uniquement le GF1, il s’en était tiré honorablement. Je pense que ce x100 parviendrait sans peine au même résultat, il ferait même mieux puisqu’il est plus sensible et que sa visée est bien meilleure. J’aurai l’occasion de tester ça en Belgique dans quelques jours, et je dois dire que si je prends le 5d mark II, il sera surtout là comme backup pour les rares situations où un 35mm ne fait pas l’affaire.

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